Les émotions : un rôle plus qu’important dans les apprentissages

nos émotions

Certains jours, tout va bien, votre enfant a envie d’aller à l’école, il se prépare sans broncher, est de bonne humeur. C’est super agréable et sa joie est contagieuse ! 

A l’inverse, quand tout va mal, l’ambiance peut vite virer au cauchemar et les émotions telles que la colère, la tristesse, l’ennui, la peur, l’anxiété prennent le dessus. Il n’est pas toujours facile pour nous parents, d’accompagner nos enfants à vivre leurs émotions. Les contraintes du quotidien malmènent les émotions quand nous n’avons pas le temps d’en discuter avec eux. 

L’école est un lieu riche en émotions pour les enfants. La joie d’être félicité par l’enseignant, la peur d’être  interrogé à l’oral ou la colère d’avoir été injustement puni sont autant de situations émotionnellement chargées que l’enfant doit gérer en parallèle de son travail scolaire. 

La question des émotions est aussi largement entrée dans les programmes scolaires, malgré les disparités locales. Les enseignants sont encore trop peu formés à la gestion émotionnelle ou bien le font sur leur initiative et leur temps personnels. De nombreux blogs y consacrent des articles, des formations.

 En effet, exprimer ses sentiments et ses émotions, apprendre à les réguler, confronter la perception de celles-ci avec la perception de ses camarades sont des compétences tout aussi importantes que les compétences scolaires. 

1 Les relations apprentissages – émotions sont complexes.

De nombreuse études scientifiques (Racanello, Brondino et De Bernardi, 2013)  nous apprennent que les émotions plaisantes influencent favorablement la réussite et qu’à l’inverse, les émotions déplaisantes interviennent défavorablement, surtout dans le domaine des mathématiques et des matières scientifiques. 

Cela souligne l’importance des interactions entre l’enseignant et sa classe dans le ressenti associé à la discipline. Un prof passionné par sa discipline a envie de la transmettre à ses élèves ; il élabore des dispositifs pédagogiques qui les intéressent et donc facilitent la compréhension.

De plus, les filles ont davantage tendance à ressentir les émotions telles que l’anxiété, le désespoir et la honte tandis que la joie, la fierté sont plus marquées chez les garçons.

Les émotions semblent plus liées au sentiment de compétence que la compétence effective. 

2 Saisir les émotions en rapport avec l’activité : le ressenti affectif accompagne l’activité cognitive.

D’autres études menées en 2007,( Goetz, Preckel, Pekrun et Hall)  montrent que les émotions varient au cours de  l’activité scolaire ( résolution de problèmes, dictées …)

Par exemple, il était demandé à des élèves âgés de 11 à 15 ans d’indiquer leur ressenti (joie, colère, anxiété et ennui) sur des échelles d’intensité de 1 à 5 avant le test, pendant et 1 fois après. 

La joie, dont l’intensité est toujours supérieure à celles des autres émotions, diminue au cours de l’activité. Elle est d’autant plus intense que la compétence en math est élevée. 

En revanche, la colère augmente d’autant plus que l’élève st moins compétent. 

L’anxiété est moins intense et reste stable pendant l’activité. L’ennui diminue au début puis augmente à la fin de l’exercice , surtout pour les élèves en difficultés.

Ainsi, toute activité s’accompagne d’un ressenti des émotions, lié à l’évaluation des exercices par l’enseignant et de l’atteinte des objectifs. Les sentiments de réussite ou de difficulté en cours de résolution influencent le sentiment de compétence. 

En effet, le sentiment de réussite éprouvé durant l’activité est lié à l’augmentation de la fierté et de la joie en fin d’activité. Alors que le sentiment de difficulté est un prédicateur significatif de l’augmentation du désespoir. 

le statut de l’erreur vis à vis des apprentissages :

D’autres études ont montré que les profils émotionnels étaient liés à l’attitude de l’enfant envers l’erreur. Les enfants ayant une attitude d’ouverture et de tolérance vis à vis de l’erreur présentent plus souvent le profil d’émotions plaisantes, même quand ils échouent !

Cependant, même les « bons élèves » éprouvent de la colère, de la frustration et de l’inquiétude au cours de leur travail. La confrontation à un obstacle suscite des émotions déplaisantes y compris lorsque la personne se sent compétente.

Ces résultats prouvent qu’il est essentiel de travailler le point de vue de l’erreur avec les enfants et de le dédramatiser. De plus, ils montrent l’intérêt d’expérimenter le rôle de la régulation émotionnelle , c’est à dire la capacité à maintenir ou modifier intentionnellement le ressenti au cours des activités scolaires. 

Ce serait une bonne révolution dans les classes que d’amener enseignants et élèves à parler de leurs émotions au cours de travaux afin d’aider chacun à grandir sans jugement mais avec respect ! Le développement de la régulation émotionnelle représente un facteur non négligeable de l’adaptation scolaire. ( Bierman et al., 2008), ( Ursache, Blair et Raver, 2012).

3 Les émotions déplaisantes : aides ou entraves dans les apprentissages ?

Alors que leur influence a longtemps été considérée comme favorable ou défavorable  selon leur qualité attribuée, une autre perspective se dessine actuellement. En effet, l’idée que les émotions, qu’elles soient plaisantes ou déplaisantes, peuvent être impliquées dans les processus de compréhension et de conceptualisation.

La surprise, la curiosité, la confusion ou la frustration peuvent survenir lorsque la situation présente quelque chose de nouveau ou de contradictoire avec les attentes ou les connaissances antérieures. 

L’obstacle, le déséquilibre cognitif ou la compréhension de l’erreur jouent un rôle essentiel dans la transformation des représentations des élèves et le développement de stratégies mentales ( chercher des analogies, compter sur ses doigts pour calculer, utiliser le dictionnaire comme un outil, détourner l’usage d’un objet pour résoudre un problème …).

La confusion ressentie s’avère bénéfique en favorisant une compréhension profonde et donc transférable à d’autres activités. Ce qui montre que le travail en groupe où les enfants peuvent échanger entre eux, discuter de leurs méthodes de recherche, argumenter est utile. 

seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin

En revanche, la frustration est souvent suivie d’ennui, ce qui peut susciter le désengagement. La frustration peut néanmoins évoluer vers un engagement dans l’activité si elle est perçue comme temporaire. 

Ce qu’il faut retenir ici : 

  • ✓ Émotions et cognition sont liées.
  • ✓Les émotions sont complexes dans leur réalité et leurs effets, changeantes.
  • ✓Les émotions accompagnent et orientent l’activité scolaire.

Il serait alors important de réaliser des «  émogrammes », c’est à dire d’établir le tracé des émotions ressenties au fur et à mesure de l’activité et en fonction des caractéristiques de la tâche.

Ces dispositifs ouvriraient des pistes prometteuses dans le cadre d’une éducation bienveillante. 

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